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Renée Toussaint, philosophe, Chemin de Vie

le 5 mars 2010

L'avortement aujourd'hui, en 2010

3. Découverte du traumatisme post-avortement

Que l’avortement continue à poser problème, bien des médecins le constatent aussi chez nombre de leurs patientes venant les consulter pour des troubles de toutes sortes, physiologiques et psychologiques, plongeant leurs racines dans la souffrance refoulée d’une interruption volontaire de grossesse transformée en névrose.
C’est ce qu’on appelle le « syndrome » ou le « traumatisme post-avortement ».

Certains prétendent qu’il s’agit là d’un fantasme sorti de l’imagination des pro-vie, et un fantasme dangereux, car parler d’un « traumatisme post-avortement » risque de traumatiser les femmes qui ont subi une IVG. Et aujourd’hui, il semble que le simple fait de dire qu’il existe des alternatives à l’IVG soit considéré comme traumatisant.

Le grand silence s’installe. Un silence de plomb qu’on peut comparer au « sarcophage » qu’on a coulé sur la centrale de Tchernobyl en espérant mettre fin à l’irradiation. Or, comme à Tchernobyl, ce que l’on voulait empêcher de passer a tout de même filtré : des médecins, parce qu’ils exerçaient simplement leur métier de médecins et cherchaient à comprendre les troubles de leurs patientes, ont saisi un lien entre les dépressions de leurs patientes et l’avortement volontaire qui en était la source, à des années parfois de distance (cf. Philippe De Cathelineau, Les lendemains douloureux de l’avortement, C.L.D., Paris, 2003, p. 10).

Le « traumatisme post-avortement » paraît être un mot tabou, inconvenant, déplacé. Même si on en parle de plus en plus en Amérique du Nord, on l’ignore presque totalement chez nous, en Europe.

Il est cependant intéressant de noter que l’un des premiers à avoir alerté l’opinion sur ce qu’on appelle le « syndrome ou le traumatisme post-avortement » est un pédopsychiatre : le professeur Philip Ney. C’est en effet au cours de ses recherches et de sa pratique pédiatrique qu’il découvrit un lien inattendu entre maltraitance et avortement : il décela dans les fratries des enfants avortés la réalité du « syndrome du survivant de l’avortement » et en décrivit les séquelles dramatiques jusqu’alors méconnues et négligées.
De l’écoute des enfants, il remonta ensuite à celle des parents, pour dégager, chez ceux qui avaient subi, pratiqué ou encouragé l’IVG, le « syndrome post-avortement ».
Il mit alors au point une approche thérapeutique de ces blessures profondes et fonda un institut de recherche et de traitement, l’HPLCARR (The International Institute for Pregnancy Loss and Child Abuse Research and Recovery) pour poursuivre ses recherches, transmettre ses connaissances et le fruit de ses travaux.
A Paris, d’autres spécialistes de l’enfance avaient fait des observations similaires. Ce sont eux qui répercutèrent en France l’enseignement de Philippe Ney.
Apparaît ici un enseignement important : ce ne sont pas des gynécologues, ni ceux qui pratiquent l’avortement, qui se sont souciés les premiers de la gravité des effets secondaires de leurs actes et de leurs répercussion au sein des familles, mais des pédiatres et des puéricultrices.
Preuve que dans les affaires d’avortement, ce sont d’abord les enfants qui trinquent…

Moi-même, dans ma pratique de la médecine générale, je n’avais pas eu l’occasion ou la finesse d’esprit de repérer et de m’inquiéter des séquelles de l’avortement dans la fratrie. Je les découvris au cours de l’enseignement donné par Philip Ney… Mais je pus très vite constater la véracité, dès que je pus mettre le doigt sur ce syndrome, stupéfait de découvrir la somme de tristesse accumulée par les frères et sœurs survivants d’un enfant avorté. Il y a des pleurs chez l’adulte qui ne sont pas du cinéma » (Docteur Philippe De Cathelineau, Les lendemains douloureux de l’avortement, C.L.D., Paris, 2003, p. 21).

Il me semble que le fait même que le traumatisme post-avortement ait été découvert chez les enfants prouve qu’il ne s’agit pas là d’un discours idéologique imaginé par les mouvements pro-vie.
Mais plutôt que de regarder la vérité en face, on préfère accuser la morale judéo-chrétienne de je ne sais quelle malfaisance culpabilisatrice, et les survivants de l’avortement sont priés de souffrir en silence.
Le mot d’ordre généralisé semble, aujourd’hui, être le suivant : il faut museler toute voix s’énonçant contre la banalisation de l’avortement.

Notons quand même au passage que ce simple fait devrait troubler les esprits démocrates attachés au respect de la liberté d’opinion.

 

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