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Renée Toussaint, philosophe, Chemin de Vie

le 5 mars 2010

L'avortement aujourd'hui, en 2010

5-1. L'enquête : l'IVG du côté des travailleurs sociaux

L’article 5 de la loi Aubry stipule que la consultation préalable à l’interruption volontaire de grossesse est obligatoire pour les femmes mineures non émancipées. Autrement dit, qu’elle n’est pas obligatoire pour les femmes majeures.
L’article 17 de la loi Aubry stipule que celui qui tente d’empêcher une interruption de grossesse sera puni de 2 ans d’emprisonnement et de 200.000 fr. d’amende :

Arti. 17.
« Est puni de deux ans d’emprisonnement et de 200.000 F d’amende le fait d’empêcher ou de tenter d’empêcher une interruption de grossesse ou les actes préalables prévus par les articles L. 2212-3 à L. 2212-8 ;
- soit en perturbant de quelque manière que ce soit l’accès aux établissements mentionnés à l’article L. 2212-2, la libre circulation des personnes à l’intérieur de ces établissements ou les conditions de travail des personnels médicaux et non médicaux ;
- soit en exerçant des pressions morales et psychologiques, des menaces ou tout acte d’intimidation à l’encontre des personnels médicaux et non médicaux travaillant dans ces établissements, des femmes venues y subir une interruption volontaire de grossesse ou l’entourage de ces dernières. »

 

Conséquences pratiques.

Toute femme majeure qui se présente devant une conseillère conjugale ou une assistante sociale pour un entretien pré-IVG s’y présente librement (puisqu’elle n’y est plus obligée par la loi). L’assistante sociale peut par conséquent estimer que, si une femme se présente à un entretien pré-IVG, c’est parce qu’elle a décidé d’interrompre sa grossesse.
Prenant acte de cette libre décision de l’intéressée, prenant aussi en considération le fait que toute personne qui essayerait de dissuader une femme de recourir à une IVG est passible de poursuites pénales, l’assistante sociale se gardera bien d’essayer de la dissuader.
Ce qui veut dire, et l’enquête de Sabine Faivre le montre clairement, que l’assistante sociale ou la conseillère conjugale se contentera de fournir des informations concernant l’IVG elle-même et ses modalités, mettant ainsi la femme pour ainsi dire devant le fait accompli.
Et Sabine Faivre de constater que le rôle attribué par la loi aux conseillères conjugales et aux assistantes sociales se limite strictement à n’être rien d’autre qu’un maillon de la chaîne de l’avortement.

L’assistante sociale ou la conseillère conjugale dispose d’ailleurs de très peu de temps : dix minutes au grand maximum, souvent moins, car il y a beaucoup de femmes. Et dans ce peu de temps, elle est tenue d’informer la femme des modalités pratiques de l’IVG. Elle n’a donc matériellement pas le temps de parler d’autre chose.
Et comme la situation de la femme est souvent dramatique, l’assistante sociale va surtout s’attacher à dédramatiser la situation en ne prenant le plus souvent en considération que la situation sociale ou matérielle de la femme pour lui faire comprendre qu’elle n’a pas à s’excuser ou à s’expliquer. Elle lui dit que sa souffrance a été entendue, que le problème va être résolu, que tout va bien se passer, qu’elle n’a a se soucier de rien. Bref, elle la remet sur les rails du système et vers ce pour quoi elle est venue : l’IVG.
Et comme le mot d’ordre est « dédramatiser », « déculpabiliser », certains mots sont systématiquement proscrits de l’entretien : on ne parle pas de bébé, ni d’enfant, ni de désir de maternité (Sabine Faivre, La vérité sur l’avortement aujourd’hui, pages 19 et 112).
Ce qui dérange, c’est quand la femme elle-même en parle :

« Il n’y a rien de plus inconfortable que d’être face à des femmes qui ne parlent que de vie, de bébé, de cœur qui bat, d’échographie, alors qu’elles sont là normalement pour une demande d’avortement » (Sabine Faivre, La vérité sur l’avortement aujourd’hui, Paris, Téqui, 2006, p. 15).

Mais en aucune façon cette évocation ne peut être l’occasion d’une remise en question, même si l’assistante sociale pense que cela suffirait à faire pencher la balance de l’autre côté.

 « Tout va bien se passer », « c’est mieux comme ça », « vous avez raison », « vous n’avez pas le choix » », « ce n’est pas si terrible », « c’est comme si on faisait venir les règles plus tôt », « ce n’est que des caillots ». Les assistantes sociales font tout pour aplanir la crise, pour que l’IVG se passe en douceur, avec le moins de souffrance possible.
Cette forme d’aide, qui recourt à des dénis afin que rien de douloureux ne soit nommé, part d’un sentiment vrai, sincère. Mais l’entretien repose sur quelque chose de tronqué qui est en définitive préjudiciable pour la femme elle-même. La femme, autant que l’assistante sociale, sait bien que ce n’est pas rien d’avorter, que ce sera certainement douloureux, que ce qu’elle porte en elle n’est pas un simple caillot.
Les entretiens pré-IVG reposent ainsi sur un malentendu : le décalage entre ce qui est dit et ce qui est vécu ou connu intimement.

Que devient alors la liberté de choix de ces femmes qui demandent un entretien pré-IVG en se disant qu’on leur proposera des alternatives, qu’on leur dira à quoi elles ont droit si elles choissent de garder leur bébé ? Certaines espèrent trouver là une aide qui leur permettra d’échapper à la pression qu’elles subissent de leur entourage qui, de tous côtés parfois, les pousse à avorter : mari, petit-ami, famille, belle-famille, voire employeur.
Sans parler des jeunes filles mineures qui, si elles sont tenues, elles, par obligation légale, à une consultation préalable, ne sont cependant plus obligées de venir avec leurs parents ou avec leur responsable légal, la présence d’une personne majeure – amie, petit ami, ou n’importe qui – suffisant au regard de la loi. Plus que toutes autres, les jeunes filles subissent alors des pressions insupportables, même si, dans certains cas, leurs parents étaient pourtant prêts à les aider.
En pénalisant les tentatives de dissuasion, en neutralisant l’entretien dans lequel l’assistante sociale n’a plus le temps de proposer les alternatives qui existe, la loi abandonne les jeunes filles et les jeunes femmes aux pressions énormes qu’elles subissent à un moment où elles sont particulièrement fragiles.

Un exemple : une jeune femme se présente à 12 semaines de grossesse et parle de l’échographie, du cœur qu’elle a vu et entendu battre. Elle pleure. Au lieu de l’écouter, au lieu d’écouter ces mots-tabous que sont devenu « enfant », « bébé », « fœtus », « cœur qui bat », la conseillère conjugale va la bousculer et l’entraîner dans un processus d’urgence, car on n’a plus le temps. Passent ainsi à la trappe les 6 jours de réflexion obligatoires. Et si l’assistante sociale veut prendre le temps de parler un peu plus longuement, le médecin la bouscule : on n’a pas le temps. La jeune femme peut ainsi se voir embarquée dans un avortement qu’elle ne désirait pas vraiment – car pourquoi a-t-elle attendu la 12e semaine ? Cela ne vaut-il pas la peine de se poser, de lui poser la question ?

 

« Une femme chez qui on découvre une grossesse de douze semaines peut être immédiatement hospitalisée, sans même avoir été entendue. La découverte d’une grossesse qui atteint la limite du délai légal met les équipes médicales quasiment dans l’obligation d’intervenir sur-le-champ, non seulement pour rester dans le cadre du respect de la loi, mais aussi pour éviter une trop grande prise de risques, les geste devenant plus compliqué au fur et à mesure qu’augmente l’âge du fœtus. Mais quelles répercussions cette urgence peut-elle avoir sur la femme, qui se retrouve sans préalable sur la table d’opération ? » (Sabine Faivre, La vérité sur l’avortement aujourd’hui, p. 102).

Le système mis en place engendre ainsi chez les femmes non seulement beaucoup de souffrance ainsi qu’une injustice flagrante, mais il engendre aussi beaucoup de frustration chez les assistantes sociales qui sont obligées de renoncer au cœur de leur mission : l’écoute, l’accompagnement, l’information éclairée. Car les femmes qu’elles rencontrent, pour la plupart ne connaissent pas plus la loi que les possibilités auxquelles elles pourraient recourir pour éviter l’avortement. Mais comme le temps du dialogue est extrêmement court, les assistantes sociales, qui n’ont pas le temps de parler de tout ça, tendent plutôt à dédramatiser l’IVG afin d’atténuer au maximum les blessures.

« De ce fait, une sorte de silence gêné pèse alors sur les répercussions possibles de l’avortement, et les femmes sont maintenues dans l’ignorance de ce que sera pour elles l’après-IVG. Personne ne veut en parler, même si tout le monde sait intimement que ce sera douloureux. Celle qui se risquerait à aborder le sujet, dans un but d’information, pourrait être accusée de vouloir dissuader la femme ; or vouloir dissuader une femme d’avorter, c’est courir le risque de tomber sous le coup d’une poursuite pénale. Ceci peut aussi expliquer l’absence d’information à ce niveau-là : le sujet est tout simplement éludé » ( Sabine Faivre, La vérité sur l’avortement aujourd’hui, p. 94).

Personne ne veut en parler, le problème est éludé et les informations se réduisent souvent aux modalités de l’avortement et à la contraception.

Pression de l’entourage et de la société, manque d’information, pas le temps de parler, pas d’alternative, procédures d’urgence, où est ce « libre choix » qui servait, et qui sert toujours de mot d’ordre aux militant(e)s pro-avortement ?

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1. Le cadre juridique belge

2. Chiffres de la Commission belge d'évaluation

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4. Le cadre juridique français

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5-2. L'IVG du côté de l'équipe médicale

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