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Renée Toussaint, philosophe, Chemin de Vie

le 5 mars 2010

L'avortement aujourd'hui, en 2010

5-3. L'enquête : l'IVG vue par les psy

Depuis la loi Aubry, aucune femme n’est tenue de revenir voir son médecin après l’avortement. Rien n’est donc mis en place pour qu’elles puissent trouver un lieu d’écoute. Pourtant la nécessité d’un accompagnement spécifique est reconnue par beaucoup de professionnels.
Faute de structures officielles, des psychologues et des psychiatres, mais aussi quelques rares associations privées, se sont spécialisées dans l’accompagnement post-IVG.

Une IVG n’est pas vécue de la même manière par toutes les femmes.
Face à une grossesse qui se déclare dans des conditions difficiles, la plupart des femmes se sentent dans une impasse : pas d’autre solution, apparemment, que l’avortement. L’une des expressions la plus souvent entendue dans la bouche des femmes : « je n’ai pas le choix », « je suis obligée ». Si elles se sentent ainsi acculées, c’est le plus souvent parce qu’elles vivent des situations très douloureuses sur le plan familial et social, mais aussi parce qu’elles ignorent totalement ce qui pourrait exister ailleurs.
On comprend que leur premier sentiment, après l’IVG, soit un sentiment de soulagement, parfois accompagné d’un sentiment de culpabilité, culpabilité de se sentir soulagée.
Les adolescentes en sortent souvent avec l’impression d’avoir mûri. D’une part parce qu’elles ont pris conscience de leur fertilité. D’autre part parce qu’elles se sentent fortes d’avoir pu prendre la décision, et de s’en sortir.

Les réactions ne surviennent pas toujours immédiatement après l’intervention. Face à ce qui a été vécu parfois très douloureusement, il peut en effet y avoir la tentation de déni : la femme refoule en elle tout souvenir de sa grossesse avortée au point, parfois, de ne plus s’en souvenir du tout. Or un tel refoulement peut avoir des conséquences extrêmement négatives à long terme, car le corps, lui, se souvient, d’où ces brusques réveil de ce qui est enfoui  au plus profond de l’inconscient à l’occasion d’autres événements qui n’ont pas forcément de lien avec l’avortement, comme une séparation un peu brutale, un deuil familial, une nouvelle naissance. Il n’est alors pas rare de voir une femme consulter un spécialiste voir 5, 10, 30 ans après. Et pour peu qu’on ne permette pas à la femme de dire ce qu’elle a vécu, elle garde cela en elle comme une blessure jamais guérie.

Le retentissement psychologique de l’avortement n’est pas un simple postulat d’une idéologie. Il part de réalités vécues, à des degrés divers, par les femmes ayant subi un avortement.
Or cette dimension est excessivement difficile à appréhender, notamment parce qu’il y a sur ce sujet un silence tabou et que peu de femmes osent le briser.

Les séquelles de l’avortement sont difficiles à éliminer si on n’aide pas à libérer la parole.
Et notre époque impose un silence de plomb sur ce traumatisme.

Le traumatisme post-avortement est une névrose qui poursuit, des années durant, nombre de femmes qui ont eu une IVG.
Il peut prendre l’aspect d’un état dépressif ou s’exprimer par des troubles variés : souffrance physique, malaise global, sentiment de vide, dégradation de l’image de soi.
Il touche non seulement les femmes, mais aussi les hommes, les couples et les enfants.
On pourrait penser qu’une nouvelle grossesse acceptée puisse aider la femme à retrouver la joie de la vie et une consolation vis-à-vis de l’enfant perdu. En fait, une femme qui a avorté, quand elle se trouve de nouveau enceinte, va revivre sur un plan émotionnel son état antérieur… qui a aboutit à sa décision à l’avortement. Aussi les sentiments de perte, de chagrin et de culpabilité vont parasiter ce temps d’attente.
Des gestes de maltraitance vis-à-vis des nourrissons peuvent, dans certains cas, être liés à des antécédents IVG chez la nouvelle accouchée. Encore marquée par l’avortement, la mère aurait du mal à s’occuper correctement de son enfant, à lui prodiguer tous les soins nécessaires. La peur de mal faire, de n’être pas à la hauteur, peut trouver sa source dans la blessure laissée par un avortement antérieur. Un des arguments qu’on a utilisé souvent pour l’avortement, c’est dire que si l’enfant n’est pas attendu, pas désiré, il risque d’être mal aimé. Or cela pourrait bien être l’inverse : certaines mères qui ont vécu un avortement paraissent souvent éprouver de réelles difficultés à s’occuper de l’enfant qu’elles mettent au monde par la suite, même s’il est désiré (Sabine Faivre, La vérité sur l’avortement aujourd’hui, Paris, Téqui, 2006, pp. 117-118).

« Le premier droit d’un enfant est d’être désiré. Ce slogan, lancé par la fondatrice du planning familial mondial, a été repris par l’ONU et la plupart des nations du monde, pour justifier leurs politiques abortives de régulation des naissances.
En réalité, cachée sous les meilleurs sentiments, il n’y a guère d’idée plus pernicieuse. Car si le premier droit d’un enfant est d’être désiré, qu’en est-il de l’enfant qui ne l’est pas ?
De fait, l’enfant non désiré n’a plus aucun droit, puisqu’il a perdu celui qui prélude à tous les autres, le droit d’exister ! Cette idéologie de l’enfant désiré est donc une sentence de mort, dont l’exécution en suspens ne dépend que de la décision des parents, ou de services sociaux, usurpant un pouvoir extravagant.
Elle est en opposition complète avec le message évangélique. Dans une optique chrétienne, en effet, le premier droit d’un enfant n’est pas d’être désiré, mais d’être accueilli.
Tant mieux, bien évidemment, si l’enfant est ardemment désiré ! C’est très important qu’il le soit ! Je ne plaide pas pour une fécondité irresponsable, bien au contraire !
Mais l’accueil de l’enfant ne doit pas être subordonné aux aléas du désir qu’on a de lui, ni à des conditions conjoncturelles passagères qui trouveraient des voies de règlement, si on mettait plus de bonne volonté à vouloir les solutionner.
Il en est de même pour la reconnaissance de son humanité. Celle-ci, inhérente à la personne humaine, ne dépend pas de conditions qui lui sont extérieures, et qui varient avec la versatilité des modes et des éthiques de circonstances.
C’est cette perversion de l’amour parental, quand le père et la mère soumettent l’accueil de l’enfant conçu aux fluctuations de leurs désirs immédiats, qui va entraîner, dans les familles où l’avortement se pratique ou est envisageable, toute la genèse du syndrome du survivant d’avortement, que le professeur Philip Ney a individualisé, avant même d’être alerté par les stigmates du syndrome post-avortement chez les parents » (P. De Cathelineau, Les lendemains douloureux de l’avortement, C.L.D., 2003, pp. 25-26).

Comment faire pour aider ces femmes à se reconstruire, à se réconcilier avec elles-mêmes, à faire leur deuil non seulement de l’enfant qu’elles n’ont pas eu mais de la femme qu’elle n’ont pas réussi à être ?

Loin de culpabiliser les femmes, il s’agit plutôt d’être témoin, avec elles, que des blessures liées à l’avortement trouvent leurs racines dans des expériences douloureuses de l’enfance et de l’adolescence, des expériences antérieures tues ou ignorées, et souvent passées inaperçues par les proches : crises intrafamiliales, expériences déstructurantes, manque d’affection, de soutien, de références solides conduisant à une instabilité affective, à l’absence de confiance en soi et en l’avenir qui induisent une moindre aptitude à accueillir la vie en même temps que des comportements sexuels immatures et sans projets (Sabine Faivre, La vérité sur l’avortement aujourd’hui, p. 72).

Il faudrait des personnes compétentes et des lieux pour écouter les jeunes qui vivent des situations douloureuses. Cela leur permettrait de ne pas vivre dans une solitude intérieure trop grande, de cicatriser leurs blessures et de continuer à se construire dans toutes leurs dimensions.

L’association AGAPA (Association des Groupes d’Accompagnement des Personnes blessées par l’Avortement) a mis en place un parcours qui dure 6 mois et qui repose sur des jeux de rôle, des partages en petits groupes et sur un accompagnement individuel. Dans tous les cas, on se rend compte que le chemin est long pour sortir de l’image blessée que la femme a gardée d’elle-même et de sa capacité de donner la vie. Leurs accompagnatrices témoignent pourtant de la libération vécue par ces femmes ou ces couples à qui on a donné le droit de raconter leur histoire. Beaucoup en ressortent guéris (Sabine Faivre, La vérité sur l’avortement aujourd’hui,,  pages 67 et suivantes ; cf. aussi l’ouvrage de Ph. De Cathelineau).

 

lire aussi

1. Le cadre juridique belge

2. Chiffres de la Commission belge d'évaluation

3. Découverte du traumatisme post-avortement

4. Le cadre juridique français

5. L'enquête de Sabine Faivre dans les hôpitaux français (2002)

5-1. L'IVG du côté des travailleurs sociaux

5-2. L'IVG du côté de l'équipe médicale

5-3... ci-dessus

6. L'avortement médicamenteux

7. Le vécu de l'avortement

8. Témoignage

9. L'avortement et l'Europe

10. La naissance du Chemin de Vie dix jours après la loi