chemindevie.be
page d'accueil
chemindevie@skynet.be

Nos grands dossiers
Aimer
Amitié
Aimer autrement
Amour et Fécondité
L'avortement? Non
Mourir dans la dignité
Bioéthique
Une sexualité catholique?

Renée Toussaint, philosophe, Chemin de Vie

le 5 mars 2010

L'avortement aujourd'hui, en 2010

7. Le vécu de l'avortement

Sous la pression de leur entourage, mais aussi du système qui est conçu pour favoriser l’avortement, bien des femmes acceptent un avortement qu’elles n’ont pas vraiment choisi. Il est parfois très difficile, voire impossible à une femme de dire non. La pression est trop forte, et personne ne l’invitera à faire le choix inverse. La femme, fragilisée par sa grossesse commençante, finit par dire oui pour qu’on la laisse tranquille.

Comment permettre aux femmes, aux couples, aux familles de trouver un chemin de reconstruction, de guérison après l’avortement ?
Tony Anatrella, psychiatre, explique quel parcours il propose aux femmes pour les réconcilier avec elles-mêmes : leur permettre de parler de ce qu’elles ont vécu, de mettre des mots sur une souffrance cachée parfois durant de nombreuses années ; les sortir de l’image extrêmement négative qu’elles ont parfois d’elles-mêmes, de leur corps, de leur sexualité, éviter que la culpabilité se retourne contre elles, les aider à formuler à nouveau des projets d’avenir, reparler du désir d’enfant.
(cf. Sabine Faivre, La vérité sur l’avortement aujourd’hui, Paris, Téqui, 2006, pages 67 et suivantes ; cf. aussi l’ouvrage de Ph. De Cathelineau, Les lendemains douloureux de l’avortement, C.L.D., 2003).

La première difficulté rencontrée par les femmes, les hommes, les couples qui souffrent du syndrome post-avortement est en effet de ne pas pouvoir parler.
Il s’agit donc tout d’abord d’écouter, sans chercher à interpréter, conseiller ou imposer, mais de simplement recevoir une souffrance qui rejoint, sur bien des plans, les souffrances de ceux qui perdent un enfant dans d’autres circonstances. Avec, en plus, le sentiment de culpabilité. D’autant plus qu’en parlant d’IVG, on impose à la femme l’idée qu’elle était volontaire. N’est-ce pas un abus de langage et une tromperie ?

« Cette femme nous raconte comment elle a été amenée à demander une IVG en cédant à la pression constante de sa belle-famille. Or au cours de l’entretien, l’assistante sociale n’a pas cherché à élucider les vraies raisons qui l’amenaient à faire cette démarche. La jeune femme raconte son désarroi, sa déception par rapport à la façon dont sa détresse a été accueillie.
Dans le fond, elle ne le voulait pas, cet avortement. « J’ai fini par céder, la pression était trop forte ; je suis allée à l’avortement pour que cela cesse enfin, qu’on me laisse tranquille ; j’y suis allée comme une victime va s’immoler ».
Ce qu’elle aurait souhaité, raconte-t-elle, c’est plus d’écoute, et surtout, qu’on l’aide vraiment à s’en sortir.
A entendre son témoignage, on se dit que l’avortement ne l’aura vraiment pas aidée à s’en sortir. le résultat a été pour elle trois ans de dépression avec tendances suicidaires » (Sabine Faivre, La vérité sur l’avortement aujourd’hui, pages 77 et suivantes ainsi que pages 116 et suivantes).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On parle d’interruption volontaire de grossesse. Encore faut-il savoir de quelle volonté on parle : celle de la femme, celle de l’entourage, ou celle de la société ?
Les pleurs auxquels assistent, impuissantes et désolées, les infirmières, montrent qu’on est en droit de se poser la question.

«  Actuellement, je pratique des échographies dans le cadre des demandes d’IVG. Vous verriez les réactions des femmes qui voient leur enfant et qui entendent le cœur battre ! Je n’arrive pas à comprendre cela !

Vous devriez venir en salle d’échographie assister à ces scènes de larmes. Je suis littéralement épuisée en sortant des échographies, j’ai le sentiment d’un immense gâchis » (Sabine Faivre, La vérité sur l’avortement aujourd’hui, p. 32).

Les rares femmes qui réussissent à témoigner après leur avortement disent toutes qu’elles attendaient autre chose de l’entretien pré-IVG, le reproche étant surtout dirigé vers le système qui ne favorise pas l’alternative à l’avortement qu’elles auraient aimé qu’on leur propose, qui ne permet pas une réelle écoute, qui dédramatise trop, voire encourage le recours à l’IVG qui les a profondément et durablement marquées.

Autre chose.
La loi belge fait, par exemple, une obligation aux médecins d’informer les femmes des risques médicaux actuels ou futurs qu’elle encourt à raison de l’interruption de grossesse.
Mais ...

« Combien savent qu’une adolescente de moins de 18 ans qui a subi un avortement accroît son risque de cancer du sein de 150 % et que si l’avortement a lieu après 8 semaines de grossesse, ce risque est accru de 800%. Quand une femme est enceinte, elle est en effet soumise à une progression drastique de son niveau d'hormone d'oestradiol, progestérone et HCG. De ce fait, les cellules du sein commencent à se multiplier et connaissent une maturation, la différenciation, qui continue durant toute la grossesse et s'achève après l'accouchement du
premier enfant à terme. A ce moment-là, la poitrine s'est entièrement développée et est également mieux protégée contre les facteurs carcinogènes les plus importants et les influences nocives telles que radiothérapie, malignité, produits chimiques....
Toutefois, si ce « boost hormonal » est interrompu prématurément, les cellules du sein restent à un stade intermédiaire, dans lequel elles ne sont pas complètement développées. Ce qui est important est qu'elles sont alors beaucoup plus sensibles à des facteurs carcinogènes. La plupart des cancers commencent en effet dans les petits canaux galactaphores qui commencent à se développer, mais ne sont pas encore complètement différenciés.
Les femmes dont la grossesse se termine par une fausse couche, ne courent d'habitude pas le même risque que lors d'un avortement induit. Le plus souvent, une fausse couche s'accompagne en effet d'une hausse plus faible (trop faible) des principales hormones de grossesse, ce qui fait que les seins en restent quelque peu épargnés. Des études complémentaires à ce sujet sont vraiment nécessaires, pour dépister le risque éventuel de cancer du sein lors d'une fausse couche pour le premier enfant à terme » (Jeunes pour la Vie, « L’avortement en Belgique. 2004-2005 »).

L’accroissement actuel du nombre de cancer du sein demanderait qu’on prenne au moins la peine d’examiner cette question.

Au vu de tout ceci, il apparaît que si l’on veut vraiment aider les femmes, si on veut vraiment leur proposer une alternative à l’avortement, il faut leur rendre une vraie liberté de choix, non pas comme un slogan féministe idéologique, mais comme une réalité concrète.
Peut-être faudrait-il militer, comme les féministes de la première heure, en faisant entendre haut et fort notre voix non pas pour réclamer le droit à l’avortement mais le droit de garder l’enfant. C’est en manifestant dans les rues que les féministes de la première heure ont eu gain de cause en se voyant accorder le « droit à l’avortement » au nom d’une sacro-sainte « liberté de choix ». Si nous voulons nous voir accorder le « droit à l’enfant » au nom d’une réelle « liberté de choix », il nous faut briser la loi du silence.

Il faut aussi, en Belgique, exiger que soit respectée la loi qui a toujours cours en Belgique.
Il faut permettre aux acteurs sociaux d’être honnêtes avec les femmes en veillant à ce que l’obligation d’informer les femmes des aides diverses, qui sont prévues par la loi et dont elles pourraient bénéficier, soit effectivement respectée. Combien de femmes ne savent même pas que ces aides existent !  
Il faut que les acteurs sociaux et les équipes médicales s’assurent de la détermination de la femme, lui laissent les 6 jours de réflexion auxquels elle a droit, et s’assurent aussi d’une autorisation écrite de l’intéressée.  Que devient tout cela quand, on invoque la procédure d’urgence sous prétexte que la femme est arrivé au bout des douze semaines de grossesse ? Et que penser de la distribution gratuite, dans les écoles, de la pilule du lendemain ? N’est-on pas, ici, « hors-la-loi » ?
Il faut aussi accorder aux femmes qui le demandent toute l’assistance et les conseils dont elles peuvent avoir besoin pour résoudre les problèmes psychologiques et sociaux posés par sa situation.
Si tout ce qui est prescrit par la loi était respecté, on peut penser qu’un certain nombre de femmes choisiraient une autre solution que l’avortement.

Mais respecter la loi dépénalisant l’avortement ne suffit pas pour que les femmes soient effectivement libre de choisir, réellement libres d’accueillir l’enfant qui vient. Le salaire maternel ne serait-il pas, ici, une solution ? Pourquoi tant d’argent est-il dépensé pour rembourser les IVG et autres IMG, pourquoi tant d’argent pour la contraception, pourquoi, tant d’argent pour le diagnostic prénatal (DPN) qui, bien souvent, conduit à l’avortement, pourquoi tant d’argent pour l’aide médicale à la procréation (PMA) et pour le diagnostic pré-implantatoire (DPI), avec tous les risques d’eugénisme, et donc de mort, que cela entraîne… et pourquoi si peu d’argent pour les enfants qui sont là ?

On peut aussi se demander pourquoi la loi belge de dépénalisation de l’avortement s’est assortie d’une Commission d’évaluation de la-dite loi sinon parce que le législateur entendait bien évaluer cette loi ? N’est-il pas  temps d’ouvrir les yeux, de regarder nos erreurs avec courage, et pour les réparer, de prendre conscience des dégâts considérables que l’avortement laisse derrière lui ? N’est-il pas grand temps de briser ce « grand silence » qui fait souffrir tant et tant de monde ?

Et, pour terminer, on peut se demander enfin comment il se fait qu’aujourd’hui où le moindre accident se voit dépêcher une myriade de psy de toutes sortes prêts à écouter afin d’éviter aux personnes tout traumatisme, ou du moins leur permettre d’en sortir le plus rapidement possible et de reprendre le chemin de la vie, pourquoi le seul traumatisme qui, aujourd’hui, n’ait droit à aucune écoute est-il le traumatisme post-avortement ? Pourquoi ce traumatisme-là, dont tant de personnes souffrent, dont la société tout entière souffre, est-il si obstinément nié, refusé, rejeté, ridiculisé ?
Pourquoi les seules personnes qui, aujourd’hui, sont priées de souffrir en silence sont-elles ces femmes qui souffrent d’avoir mis, d’avoir dû mettre un terme à leur grossesse ?

 

lire aussi

1. Le cadre juridique belge

2. Chiffres de la Commission belge d'évaluation

3. Découverte du traumatisme post-avortement

4. Le cadre juridique français

5. L'enquête de Sabine Faivre dans les hôpitaux français (2002)

5-1. L'IVG du côté des travailleurs sociaux

5-2. L'IVG du côté de l'équipe médicale

5-3. L'IVG vue par les psy

6. L'avortement médicamenteux

7... ci-dessus

8. Témoignage

9. L'avortement et l'Europe

10. La naissance du Chemin de Vie dix jours après la loi