"Amitier"
Les amitiés de l'adolescence, rien ne peut en effacer complètement la trace dans notre coeur. Ce que nous avons de meilleur, nous le devons à la pureté et à la grandeur des sentiments qu'elles nous ont fait éprouver.
C.S. Lewis, Surpris par la joie
Editions Raphaël, Le Mont Pélerin (Suisse), 2006, p. 7 |
Au début de sa vie, l'enfant se reçoit de ses parents. Il dépend d'eux pour tout, aussi bien pour la vie de son corps que pour sa vie affective.
En grandissant, il apprend à parler, à marcher.
Sa raison se développe et avec elle sa liberté.
Son corps se transforme.
Sa sexualité s'éveille, et avec elle sa capacité d'aimer.
Un monde tout nouveau s'ouvre devant lui.
L'amour de ses parents, qui allait de soi, ne lui suffit plus.
L'adolescent désire être aimé par quelqu'un qui l'aurait choisi, par quelqu'un qu'il aurait choisi et qu'il pourrait aimer en toute liberté.
Par quelqu'un qui l'aurait élu entre mille, entre tous, quelqu'un pour qui il serait l'unique.
Par quelqu'un qui lui ressemble et avec qui il est à l'aise.
Ce qui lui permet de se découvrir et de se trouver.
C'est le temps de l'amitié.
Par quelqu'un qui ne lui ressemble pas mais qui le complète, et avec qui il se sent s'épanouir dans la richesse d'une altérité assumée et aimée.
C'est le temps de l'amour.
L'adolescence est le temps des grandes amours et des grandes amitiés.
L'amitié.
On aime ses amis, mais on ne les aime pas du même amour que l'être aimé, qu'il soit par ailleurs mari, femme ou enfant.
On aime, mais quelle sorte d'amour est-ce là? Nous n'avons pas de mot pour le dire, pour le spécifier : nous avons perdu la diversité de ces termes qui faisaient la richesse du vocabulaire grec et disaient non seulement l'amitié, mais pouvaient même en différencier les modes, rendant compte en même temps d'une réalité sociale et d'usages aujourd'hui pour partie oubliés.
Que nous ne disposions plus d'un verbe pour dire l'amitié en train de s'exercer et que nous ayons recours à un autre vocabulaire montre bien la conscience relativement confuse que nous en avons.
Avec le mot, avons-nous perdu ce qu'il désigne?
Il me semble plutôt que, sans être tout à fait perdue, l'amitié est à réinventer dans un monde qui en manifeste d'autant plus le besoin que, paradoxalement, il en rend la réalité de plus en plus problématique, de plus en plus difficile à vivre [...].
Comment vivons-nous encore avec nos amis? Nos projets nous rassemblent quelquefois, mais nous éloignent le plus souvent, nous permettant certes de nous créer de nouvelles amitiés mais non d'en prolonger l'existence [...]
J'ai cherché un verbe qui soit à l'amitié ce que le verbe aimer est à l'amour...
AMITIER
Gilles Tiberghien, Amitier
Le Félin Poche, Paris, 2008, p. 14 |
On dit parfois que l'amitié n'existe plus aujourd'hui.
Pourtant, nous continuons à y croire, comme si nous en avions besoin.
Nous avons besoin de croire à l'amitié en dépit des difficultés croissantes que nous rencontrons pour vivre avec nos amis comme des amis.
Amitier
Verbe que l'on ne conjugue pas parce qu'il désigne une action, et pas une chose.
Verbe que l'on ne conjugue pas parce qu'il est sans sujet spécifié.
Amitier
Action qui ne se peut sans amis.
Verbe en puissance de "toutes les personnes".
Partons ensemble à la découverte de l'amitier.
pour en savoir plus, notre "Dossier Amitié"
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